Entre quels camps ? Armenie et Azerbaïdjan qui se dispute le Haut-Karabakh.
Cause ?
Cette région montagneuse du Caucase est enclavée en Azerbaïdjan, à proximité de la frontière avec l’Arménie. Peuplé en majorité d’Arméniens, le Haut-Karabakh a proclamé son indépendance en 1991, lors de la dissolution de l’URSS, mais cette indépendance n’a jamais été reconnue par l’Azerbaïdjan.
Nombre de morts ?
30 000 morts entre 1988 et 1994.
Histoire
« L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’affrontent pour la première fois pour le Haut-Karabakh au début du XXe siècle. « C’est un conflit moderne, hérité de l’Empire russe, puis de l’Union soviétique », explique Anita Khachaturova. Après la révolution bolchevique de 1917, le territoire, bien que peuplé en majorité d’Arméniens et considéré par l’Arménie comme une région centrale de son histoire, est rattaché à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan »
« A partir de 1923, la région obtient un statut d’autonomie. En 1988, elle proclame même sa propre république socialiste. Mais cette décision n’a jamais été acceptée ni par l’Arménie, ni par l’Azerbaïdjan, même après la chute de l’URSS et un référendum en 1991 en faveur de l’indépendance. Cette situation instable conduit à des violences visant les Arméniens en Azerbaïdjan, puis à des affrontements au Haut-Karabagh, jusqu’en 1994 et l’instauration d’un cessez-le-feu. En avril 2016, cet accord fragile est brièvement rompu par l’Azerbaïdjan pendant la guerre des Quatre jours »
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« Ce conflit est essentiellement territorial, et même identitaire. En Azerbaïdjan, la défaite de 1994 a été vécue comme une humiliation, et a généré un nationalisme antiarménien extrêmement virulent. »Anita Khachaturova »
« L’assaut des forces azerbaïdjanaises sur le Haut-Karabakh, le 27 septembre 2020, a marqué un tournant majeur. En l’espace d’une quarantaine de jours, le camp de Bakou a écrasé les forces locales, malgré une vive résistance et l’appui de l’armée arménienne. »
« Cela a été une défaite sanglante pour les Arméniens, une capitulation », explique Anita Khachaturova. Cette déroute s’est accompagnée d’une reprise de plusieurs territoires par l’Azerbaïdjan, « soit par la force, soit avec l’accord de l’Arménie en vertu du cessez-le-feu », précise l’universitaire. Amputé de ses districts alentours, le Haut-Karabakh s’est alors retrouvé quasiment isolé du territoire arménien. « Il ne restait plus que le corridor de Latchine, large d’environ 5 km »
Mais au cours de l’année 2023, l’armée de Bakou a progressivement verrouillé l’accès au corridor de Latchine, bloquant même l’aide humanitaire. Depuis le mois de juillet, des pénuries alimentaires et de médicaments étaient ainsi signalées au Haut-Karabakh.
A la suite de l’offensive menée par Bakou, le 19 septembre 2023, la diplomatie arménienne a dénoncé une « agression de grande ampleur » à des fins de « nettoyage ethnique ». Sur franceinfo, l’ambassadrice de la République d’Arménie en France a également parlé « d’une épuration ethnique ».
Fin août, déjà, l’ancien procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, affirmait qu’« un génocide [était] en cours au Haut-Karabakh », dans une interview à Libération. Le magistrat expliquait se fonder sur la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations unies. Son article II évoque notamment « l’intention de détruire » un groupe ethnique. « Il suffit d’infliger délibérément à un groupe visé des conditions de vie menant à sa destruction physique » pour que le génocide soit caractérisé, justifiait Luis Moreno Ocampo, en référence au blocus alors imposé à la région par l’armée azerbaïdjanaise.
Pour l’historien Vincent Duclert, auteur d’une tribune dans Le Monde, la guerre menée par l’Azerbaïdjan, avec le soutien de la Turquie, a en réalité pour objectif la « destruction d’un peuple », les Arméniens, dans le prolongement du génocide perpétré par l’Empire ottoman à partir de 1915.
Des associations catholiques, mobilisées pour la défense des Arméniens du Haut-Karabakh, pointent également ce qu’elles voient comme une dimension religieuse du conflit avec l’Azerbaïdjan, à majorité musulmane. « On a affaire à des pays qui, culturellement, ne séparent pas le politique du religieux
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Le rôle de la Russie ?
Historiquement liée tant à l’Arménie qu’à l’Azerbaïdjan, la Russie a adopté une position de plus en plus trouble dans ce dossier au fil des années. Moscou a d’abord été un acteur du dialogue pour le cessez-le-feu de 1994, puis de l’accord tripartite sifflant la fin des hostilités en novembre 2020. Le Kremlin a, par ailleurs, déployé un peu plus de 1 900 soldats pour faire respecter la paix et la liberté de circuler dans le corridor de Latchine. Mais leur action est contestée.
« En réalité, les Russes ont laissé faire l’Azerbaïdjan et ne se sont pas opposés au blocage du corridor », relève Elodie Gavrilof, doctorante à l’EHESS spécialiste de l’histoire du Caucase, qui y voit le signe d’un « revirement progressif » de Moscou. D’un côté, « les relations entre la Russie et l’Arménie se sont dégradées avec l’arrivée au pouvoir en 2018 de Nikol Pachinian », un Premier ministre moins aligné sur les positions du Kremlin. De l’autre, l’entente entre Moscou et Bakou s’est renforcée à la faveur, notamment, de la guerre en Ukraine. « La Russie a eu besoin de l’Azerbaïdjan pour soutenir son invasion, mais aussi pour échapper aux sanctions et écouler son gaz, qui transite par le territoire azerbaïdjanais »
Position de la Turquie
La Turquie et l’Azerbaïdjan partagent le même ennemi historique : l’Arménie. Dans cette rivalité, Bakou a ainsi « toujours pu compter » sur Ankara, explique Elodie Gavrilof. Le président turc Recep Tayyip Erdogan martèle sa vision de la Turquie et l’Azerbaïdjan comme « une seule nation, deux Etats », avec la même insistance avec laquelle il conteste la réalité du génocide des Arméniens par l’Empire ottoman. Lors de la guerre de 2020, des drapeaux azerbaïdjanais avaient été déployés dans les grandes villes turques en soutien Bakou.
La Turquie fournit de nombreuses armes à l’Azerbaïdjan, comme des drones Bayraktar
Du côté de l’UE ?
« Une grande partie de la communauté internationale reconnaît que le Haut-Karabakh fait partie du territoire de l’Azerbaïdjan, mais estime que l’intervention militaire des troupes de Bakou est illégale. Le 20 septembre, lors de l’assemblée générale de l’ONU, la France a ainsi réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour prendre acte d’une offensive « injustifiable ». Le même jour, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à un « arrêt immédiat des combats »
L’Azerbaïdjan étant un pays riche en pétrole et en gaz, les États membres de l’Union européenne sont réticents à l’offenser, préférant préserver leurs intérêts économiques
Ce paradoxe s’est accentué avec la guerre en Ukraine, qui a conduit les Européens a réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes. « L’Azerbaïdjan s’est trouvé dans une position de surpuissance à la fois face à Vladimir Poutine, qui est obligé de passer par ce pays pour exporter son gaz, mais aussi face à l’Europe, qui importe cette ressource d’Azerbaïdjan »
Sources

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